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C’est mon histoire : j’ai obtenu mon Bac à 40 ans

Enfance pauvre et orpheline, Myriam n’a pas vraiment pris le départ le plus facile dans la course de la vie. Toutefois, épaulée par son époux, elle a obtenue à 40 ans son Bac et ne compte pas s’arrêter là.


Une enfance pauvre

 

Je n’ai pas honte de le dire : nous étions pauvres. Nous n’avions qu’un seul repas « officiel » par jour à la maison. Pour le reste, chacun s’arrangeait. Mon père ne pouvait nous offrir qu’un repas et encore lequel … J’ai les larmes aux yeux au souvenir de cette époque. Mais des larmes de fierté ! Parce que mon père était tout un personnage. Mon père était un cordonnier et avec son activité, il nous a fait vivre du mieux qu’il a pu. J’ai grandi dans un bidonville de la commune de Cocody. Entre nous, nous étions heureux mais, sortis du quartier, je sentais la différence avec les autres enfants, les autres jeunes et la honte me rattrapait : vêtements rapiécés, chaussures en piteux état, pas de goûter, pas de télé.

 

Fini l’école !

 

Maman, de son côté, vendait ce qu’elle trouvait au fil des saisons et des opportunités. Nous vivions au jour le jour et quand mon père est décédé, ça a été la fin de tout. Malgré ses faibles revenus, papa nous avait tous envoyés à l’école. Tous ! Depuis mon grand-frère jusqu’à mes deux derniers petits-frères… C’était un luxe là où j’étais. Les autres qui devaient rester chez eux me jalousaient. Pour mon père, il était hors de question que ses enfants travaillent au lieu d’apprendre. Il rêvait de nous voir accomplir ce que lui n’avait jamais pu faire. Alors, il fallait le voir surveiller de près nos révisions, lui qui ne savait ni vraiment lire ni vraiment écrire. C’était tout un sketch. Après sa mort, on a tout arrêté. Avec quels moyens aurait-on continué ? Et puis sans lui pour nous porter, nous nous trouvions ridicules de rêver d’autre chose que de notre condition.

 

« Il n’en resta plus que trois, disons deux et demi : maman n’a plus jamais été tout à fait elle-même après ça. »

 

J’ai arrêté l’école en classe de 5ème et aussitôt enchaîné dans des boulots sous-payés, mal payés, minables. Ensemble, nous sommes rentrés par le bout qu’on a trouvé dans le monde du travail. On ne gagnait presque rien, mais ça permettait d’assurer le toit et les repas. Nous faisons tout et n’importe quoi. Mes deux petits-frères ont pris le mauvais bout : vol, drogue, … Un jour, ils ne sont plus rentrés et on les a plus revus. On ne sait toujours pas ce qui leur est arrivé. Rien. Il n’en resta plus que trois, disons deux et demi : maman n’a plus jamais été tout à fait elle-même après ça.

 

Mariage et enfants

On a continué notre vie tant bien que mal. Certains jours étaient plus difficiles que d’autres.  Les années ont passé et notre vie n’a pas vraiment changé. Mais, j’avais trouvé une échappatoire dans la lecture. Je lisais toujours énormément dès que j’avais un bout de temps. J’ai rencontré celui qui a été mon époux à l’Église dans le groupe de lecture. J’adorais lire au pupitre. J’avais le sentiment d’être importante. Joël croyait en moi et m’encourageait à me dépasser. Je me surprenais à rêver à ses côtés comme au temps de mon papa. C’est peut-être égoïste comme raison, mais si j’ai accepté sa demande en mariage, c’est pour ma personne que je voyais dans son regard. Je me sentais capable de défier le monde, même si je ne bougeais pas le petit doigt. Nous avons très rapidement eu des enfants : d’abord Julie, puis charlotte et enfin Guillaume. A trois, nous étions d’accord de nous arrêter là.

 

« Il était difficile de jongler entre mes rôles d’épouse, de mère, de commerçante, d’étudiante. »

 

Je suivais de très près la scolarité de nos enfants, mais comme j’avais arrêté en cinquième, mes limites allaient vite se faire sentir. J’ai donc pris la décision fortement encouragée par Joël de poursuivre en cours du  soir en parallèle. Quand Julie a débuté le collège, je me suis inscrite en quatrième. De cette façon, je conservais une longueur d’avance. Il était difficile de jongler entre mes rôles d’épouse, de mère, de commerçante, d’étudiante. J’avais souvent envie de laisser tomber. Mais Joël croyait tellement en moi, en mon potentiel que les moments de doute et de lassitude ne duraient pas. Je souhaite à toutes de rencontrer ce genre d’encouragement. C’est ainsi que porté par mon époux, j’ai passé le BAC en candidat libre l’année de mes 40 ans. Je l’ai obtenu. De là-haut, je suis sûre que mon papa devait être fier de moi. 

 

« N’écoutez pas les pessimistes et les réalistes. »

 

Autour de moi, tout le monde n’a pas compris ma démarche. J’aurais pu les écouter. Mes voisines au marché, ma maman, mon grand-frère, tous trouvaient que je perdais mon temps. Pourtant aujourd’hui, ils sont heureux pour moi. Le paradoxe de la vie ! J’avais repris mes études pour mes enfants, mais je les ai achevées pour moi. Tout un champ de possibilités s’ouvre désormais à moi. Je pense déjà à continuer une formation pour devenir institutrice. C’était mon rêve de toujours et il n’est peut-être pas trop tard pour le réaliser. Je retiens qu’il n’est jamais trop tard dans la vie pour se fixer et atteindre des objectifs. N’écoutez pas les pessimistes et les réalistes parce que ceux-là même qui vous découragent, seront les premiers à vous applaudir si vous réussissez.

 

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Source : http://www.elle.ci

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